« 16 septembre 1847 » [source : MVH, α 9000], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4121, page consultée le 26 janvier 2026.
16 septembre [1847], jeudi matin, 7 h.
Bonjour, sinon beau jour, mon petit bien-aimé, il fait un
froid de chien et je tremble en t’écrivant. Le sieur Fouyou vient de rentrer de son expédition tout mouillé et dans un état
hideux. Il paraît qu’il n’a fait que crier toute la nuit pour que Suzanne lui ouvre la porte mais, contrairement à son
habitude, elle ne s’est pas relevée pour lui ouvrir. Ce procédé m’a beaucoup
surprisea de sa part. Ce serait
pour le corriger, a-t-elle dit, de son goût pour le clair de lune. Quant à moi, j’y
renonce et je vous abandonne à tous mon jardin la nuit et le jour pour en faire ce
que
vous voudrez. J’ai lutté tant que j’ai pu, maintenant j’y renonce. Je ne sais pas
si
c’est cet affreux temps qui me donne ce découragement et qui m’inspire cette
magnifique indifférence à l’endroit de mon gazon et de mes fleurs, mais le fait est
que dans ce moment-ci je n’y tiens plus du tout.
Il y a bien autres choses
auxquelles je tiendrais mais qui me passeront devant le nez comme d’habitude.
Cependant j’y tiens et j’y tiendrai toujours parce qu’il n’y a rien de plus courageux
que le cœur et de plus tenace que l’amour. Sur ce baisez-moi et restez bien chaudement
dans votre dodo. Je vous l’ordonne.
Juliette
a « surpris ».
« 16 septembre 1847 » [source : MVH, α 9001], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4121, page consultée le 26 janvier 2026.
16 septembre [1847], jeudi, midi ¾
Cher mignon, je t’écris sous l’influence du mal de tête, du mauvais temps et de la visite d’Eugénie, toutes choses fort peu aimables en elles-mêmes. Aussi sera-ce un tour de force d’amour si je parviens à extraire de tout cela un peu de bonne humeur. Pour m’y aider je pense à tantôt. J’irai te chercher malgré vent et [mot illis.], malgré la pluie et les torrents de stupidité qui vont me crever sur la bosse : je ne crains rien et j’espère me résigner à tout ; ainsi donc à tantôt. D’ici là j’irai voir le médecin. Jusqu’à présent je ne sens pas que la médecine me fasse grand-chose. Cependant j’ai moins de pesanteur dans les reins, mais en revanche j’ai plus mal à la tête et mes douleurs de cœur sont plus fortes. Il y a compensation comme tu vois. ON N’EST PAS PARFAIT. Il n’y a que toi qui pourrais l’être. Cela ne tient qu’à un POT par-ci par-là. Il faut vraiment que la perfection soit chose peu désirable pour se la refuser à si peu de frais. Taisez-vous affreux COROMANDEL1 que vous êtes. Vous en parlez bien à votre aise, vous qui n’avez qu’à ouvrir la bouche pour que les bahuts, les commodes, les laques et les chinois de toute espèce vous tombent tout rôtis : tandis qu’à côté de vous votre pauvre Juju tire la languea.
1 Juliette fait allusion aux laques chinoises de Coromandel.
a En lieu de signature, un petit dessin représentant Juliette de profil, tirant une longue langue pointue.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
